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jeudi 16 novembre 2006

Courrier international, no. 837
Sciences, jeudi 16 novembre 2006, p. 68
ÉNERGIE
Le jour où l'homme sera une pile électrique
Meg CarterThe Independent (Londres)
On sait désormais récupérer dans le sol l'énergie que l'homme libère en marchant. Cela pourrait permettre d'éclairer les bâtiments publics suffisamment fréquentés. Premiers tests en 2007.
Un escalier qui capture l'énergie générée par le passage des gens, l'accumule et la convertit en électricité pour l'éclairage ? Même si cela peut paraître de la science-fiction, c'est pourtant une idée qui est prise très au sérieux par des scientifiques bien décidés à exploiter les capacités énergétiques du corps humain. "Quand on marche, chaque pas produit 8 watts, qui sont absorbés par le sol. C'est du gaspillage. Il est pourtant possible de capter au moins 30 % de cette énergie", explique Claire Price, qui dirige le projet Pacesetters de The Facility Architects, une société de Londres. "Imaginez une piste de danse. Le plancher est conçu pour atténuer les vibrations et limiter les dégâts pour les membres des danseurs. Nous travaillons actuellement sur un sol équipé de capteurs d'énergie sous sa surface. Il atténuerait aussi les vibrations, mais, au lieu de disperser l'énergie, il la capterait et fournirait ainsi de l'électricité - gratuitement", explique-t-elle.
Le premier escalier capteur d'énergie humaine devrait ainsi être testé à la Spinnaker Tower de Portsmouth début 2007 [une tour de 170 mètres de haut au design ultramoderne]. Outre la société néerlandaise Philips, plusieurs équipes universitaires participent au projet. Celle de Hull a conçu un générateur logé dans le talon des chaussures pour capter l'énergie produite par la marche et celle de Southampton a trouvé un moyen de générer de l'électricité à partir des vibrations qui se produisent naturellement dans les bâtiments. Ensemble, elles cherchent à montrer que le mouvement humain peut produire suffisamment d'électricité pour alimenter les lieux publics.
Si l'énergie humaine a un tel potentiel, on peut se demander pourquoi elle n'a pas été exploitée comme il se doit par le passé. "Le défi, c'était le stockage, reconnaît Claire Price. Nous tâchons actuellement de mettre au point des supercondensateurs et d'autres systèmes de stockage. Nous sommes sûrs que, si l'énergie est utilisée près de l'endroit où elle est produite, ces projets représenteront une alternative viable au réseau électrique national. On pourrait ainsi assurer l'éclairage et alimenter les systèmes d'affichage à LED [de nouvelles ampoules à très basse tension, voir CI n° 795, du 26 janvier 2006] et les systèmes audio des lieux publics." Quand on songe qu'une station de métro comme Victoria Station, à Londres, reçoit 34 000 usagers par heure aux heures de pointe, l'électricité produite par la marche constituerait une source d'énergie viable.
Des applications pour les salles de gymnastique
"L'énergie générée par l'activité humaine ne doit pas seulement être captée correctement, mais également stockée efficacement, puis libérée de façon contrôlée. Et il faut une grande quantité d'effort humain pour produire ne serait-ce qu'une quantité modeste d'électricité. Combien de temps les gens seraient-ils prêts à se dépenser pour stocker l'énergie capable de faire fonctionner un appareil donné ? Cependant, les appareils électriques sont aujourd'hui conçus pour consommer de moins en moins d'électricité et le nombre d'applications potentielles augmente", explique Rory Steer, le directeur exécutif de Freeplay, la société qui a développé la première radio à manivelle, après son invention par le Britannique Trevor Bayliss, il y a un peu plus de dix ans. C'est bien cela qui donne un coup de fouet à l'intérêt pour l'électricité autoproduite. Les appareils électriques à faible consommation se multiplient. Et on a fait des progrès dans le captage, le stockage et la libération de l'énergie humaine.
Le projet Pacesetters n'est ainsi pas le premier à tenter d'utiliser l'énergie humaine, fait remarquer le Pr Neil White, de l'université de Southampton, un établissement qui a mis au point un appareil capable de capter l'énergie générée par les vibrations qui se produisent dans les bâtiments. "Dans les années 1980, Seiko a développé la montre Kinetic, qui est alimentée non pas par des piles conventionnelles mais par les mouvements du bras humain, rappelle-t-il. On a produit depuis nombre de montres cinétiques, mais le potentiel de ce système pour alimenter des appareils plus grands est limité par la lenteur à laquelle les gens se déplacent."
Les armées américaine et britannique ont déjà expérimenté des capteurs d'énergie logés dans les bottes des soldats. Ils permettaient entre autres de faire marcher les téléphones radio, qui fonctionnent traditionnellement avec de lourdes batteries rechargeables. Les capteurs n'étaient cependant pas assez robustes pour résister à des conditions extrêmes et ces projets ont été enterrés. Puis Freeplay est arrivé, au début des années 1990, avec ses radios, ses lampes et ses torches à manivelle. La société a depuis inventé un générateur à manivelle pour recharger les téléphones portables, un générateur à pompe à pied capable d'alimenter des appareils plus gros et une série de prototypes d'équipements médicaux à manivelle. Elle participe actuellement au développement d'un mécanisme à manivelle destiné à alimenter le fameux ordinateur portable à 100 dollars qui est censé apporter le PC aux enfants du monde en développement [voir CI n° 785, du 20 octobre 2005].
Les avis sont partagés quant à la meilleure méthode pour exploiter l'énergie humaine. Selon certains, l'avenir réside dans les appareils intégrés comme les générateurs actionnés par les talons d'un marcheur ; d'autres préfèrent des mécanismes capables d'exploiter l'énergie générée par un ensemble d'activités humaines. Le projet Pacesetters a déjà attiré l'attention de plusieurs entreprises. Claire Price travaille ainsi avec un fabricant de matériel de musculation sur un moyen d'exploiter l'énergie générée par les utilisateurs des machines à courir dans les salles de gymnastique. Quant à Rory Steer, il a conclu un accord pour lancer en Inde des appareils fonctionnant aux énergies renouvelables. Il reste cependant convaincu que l'avenir de Freeplay, ce sont les appareils associant technologie à manivelle et énergies solaire et éolienne. "Les énergies renouvelables ne représentent qu'une niche économique dans le monde développé et le resteront probablement, sauf au Royaume-Uni, où la législation encourage leur développement, assure-t-il. La raison est simple : le consommateur moyen veut accéder à l'énergie par le moyen le plus simple - le réseau national."
Catégorie : Sciences et techniquesSujet(s) uniforme(s) : Ressources naturelles et énergie; Évasions et mutineriesTaille : Long, 768 mots
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Doc. : news·20061116·IL·68004